Parlons du nez

Votre nez vous a fait pâtir tout l’hiver ? Un rhume tenace vous a mené par le bout du nez jusqu’à écoulement du stock de mouchoirs ?

Voilà de quoi vous réconcilier avec lui, parce que, quand même, ce n’est pas “au pif” que le Bon Dieu l’a placé au milieu de la figure !

Outre le rhume, le nez fit aussi couler beaucoup d’encre ! Qui ne saurait reconnaître le rôle majeur qu’il joua dans Cyrano de Bergerac ? Sans son nez, Cyrano est comme un navire sans proue, un mythe sans héros. Combien d’autres grands personnages doivent leur renommée à leur illustre bout-du-nez ? L’éloge que Pascal fit du nez de Cléopâtre dans ses Pensées : « Le nez de Cléopâtre, s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé », n’a-t-il pas fait de ce nez une célébrité sans égale ? Toujours est-il qu’un nez, tout le monde en a un, et pourtant, ô mystère, personne n’a le même : pointu, crochu, busqué, en trompette, arqué ou épaté, à chacun le sien et à chaque nouveau-né, son nez !

Je ne voudrais pas fourrer mon nez dans ce qui ne me regarde pas, mais je vous invite à fermer les yeux un instant pour imaginer le trajet d’une petite particule odorante entrant dans votre système olfactif. La voici qui passe dans vos narines, chatouille vos vibrilles (poils du nez pour les intimes) et est captée par vos nerfs olfactifs (au passage, apprenez que l’odorat est nettement plus développé chez l’homme que chez la femme, et plus particulièrement aussi chez les fins gourmets ; on a observé cela grâce à l’aveugle de Wardrop et aux Indiens d’Amérique, qui repéraient les personnes par leur odeur). Vos quatre muscles, des noms desquels je vous fais grâce, s’activeront de plaisir ou de dégoût et votre muqueuse de Schneider, qui tapisse vos parois nasales, déclenchera quelques sécrétions ! Lorsque cette muqueuse est enflammée, c’est alors que vous avez attrapé un coryza ou ozène (petit nom du rhume, qui en grec signifie “couler”).

Il vous semble que l’on vous pèle le nez avec ce discours fastidieux ? Je m’arrête avec l’anatomie et retourne à ma culture. Une dernière question cependant : vous arrive-t-il parfois de saigner du nez ? Il paraît que dire à quelqu’un : « Tu saignes du nez », c’est lui dire qu’il manque de courage. Mais n’allons pas jusqu’à donner de l’encensoir par le nez à nos amis, c’est un manque de délicatesse digne du renard face au corbeau. En parlant d’encensoir, le nez a même sa place dans la liturgie ! Il s’agit d’un petit chalumeau que l’on nommait ainsi et qui servait autrefois à aspirer le vin consacré dans le calice.

Mais je garde le meilleur pour la fin ; c’est qu’il faut me tirer les vers du nez ! Cette expression, un peu rebutante si l’on réfléchit au sens littéral, peut avoir deux origines. La première vient d’un vieux droit normand, dans lequel  le mot « ver » signifie « vrai » en vieux français : les personnes coupables d’un mensonge devaient s’en dédire en public. La seconde, plus probable, viendrait d’une pratique des anciens charlatans qui, au sens propre, tiraient les vers du nez de leurs clients pour soulager des maux de tête, et, au sens figuré, les faisaient adroitement parler pour leur prédire l’avenir !

Alors ? Parler du nez, c’est pas grippal, c’est pas si mal !