« Rester fidèle à la vérité »

Bienheureux Jerzy Popieluszko : méditation sur le couronnement d’épines, quelques heures avant son enlèvement, le 19 octobre 1984

« “Vaincre le mal par le bien”, c’est rester fidèle à la vérité. La vérité est une faculté très subtile de notre raison. L’aspiration à la vérité a été inculquée à l’homme par Dieu, d’où, chez l’homme, existent une aspiration naturelle à la vérité et une aversion au mensonge. La vérité, ainsi que la justice, reste liée à l’amour, et l’amour coûte. Le véritable amour est serviable, donc la vérité, elle aussi, a son prix. La vérité réunit toujours les hommes et les unifie. La grandeur de la vérité effraie et démasque les mensonges des hommes mesquins, apeurés.

Depuis des siècles a lieu la lutte ininterrompue contre la vérité. La vérité cependant est immortelle, quant au mensonge, il périt de mort rapide ; de là donc, comme l’a dit le primat Wyszynski décédé : « Les hommes qui proclament la vérité n’ont pas besoin d’être nombreux. Le Christ en a choisi un petit nombre pour proclamer la vérité. C’est seulement le mensonge qui a besoin de beaucoup de mots, car le mensonge est détaillé et corruptible, il change comme la marchandise sur les rayons. Il a besoin d’être toujours renouvelé, d’avoir de multiples suppôts qui, selon un programme, devront l’apprendre par cœur aujourd’hui, demain, dans un mois ; ensuite il y aura l’instruction d’urgence pour un autre mensonge… »

Nous devons apprendre à discerner le mensonge et la vérité. Cela n’est pas facile à l’époque où nous vivons. Cela n’est pas facile à l’époque où, comme le poète contemporain le dit, “jamais encore nos dos n’ont été autant flagellés avec les fouets du mensonge et le l’hypocrisie”. Cela n’est pas plus facile aujourd’hui, alors que la censure raye les mots vrais et les pensées courageuses et même les paroles du père primat, du Saint-Père. Le devoir du chrétien est de demeurer dans la vérité, même si elle coûte cher. Car la vérité se paye, c’est uniquement la balle qui ne vaut rien, le grain de froment de la vérité se paye parfois bien cher. Prions pour que notre vie soit imprégnée de vérité. »

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La phrase:

“L’amour et la vérité, on peut les crucifier, mais pas les tuer”

Bienheureux Jerzy Popieluszko

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Une culture sans culte devient une inculture

Texte intégral de la très belle homélie de Mgr Aupetit, archevêque de Paris à Notre-Dame de Paris, le 15 juin dernier, jour de la dédicace  de la cathédrale

Dédicace vient de dedicatio qui signifie consécration. La dédicace est la consécration d’une église au culte divin. Ce que nous célébrons par la dédicace chaque année, c’est la raison profonde pour laquelle la cathédrale Notre-Dame a été édifiée : manifester l’élan de l’homme vers Dieu. La cathédrale est née de la foi de nos aïeux. Elle manifeste la confiance en la bonté du Christ, son amour plus fort que la haine, sa vie plus forte que la mort ainsi que la tendresse de nos parents pour la Vierge Marie, sa Mère, qu’il nous a confiée comme son bien le plus précieux juste avant de mourir sur la Croix.

Cette cathédrale est née de l’espérance chrétienne qui perçoit bien au-delà d’une petite vie personnelle centrée sur soi pour entrer dans un projet magnifique au service de tous, en se projetant bien au-delà d’une seule génération. Elle est née aussi de la charité, puisque, ouverte à tous, elle est le refuge des pauvres et des exclus qui trouvaient là leur protection. D’ailleurs, l’Hôtel-Dieu, qui fut toujours associé à la cathédrale, était le signe de cet accueil inconditionnel des pauvres et des malades.

Avons-nous honte de la foi de nos ancêtres ? Avons-nous honte du Christ ? Oui, cette cathédrale est un lieu de culte, c’est sa finalité propre et unique. Il n’y a pas de touristes à Notre-Dame, car ce terme est souvent péjoratif et ne fait pas droit à ce mystère qui pousse l’humanité à venir chercher un au-delà de soi. Ce bien cultuel, cette richesse spirituelle, ne peuvent être réduits à un bien patrimonial. Cette cathédrale, œuvre commune au service de tous, n’est que le reflet des pierres vivantes que sont tous ceux qui y pénètrent.

Peut-on vraiment par ignorance ou par idéologie séparer la culture et le culte ? L’étymologie elle-même montre le lien fort qui existe entre les deux. Je le dis avec force : une culture sans culte devient une inculture. Il n’est qu’à voir l’ignorance religieuse abyssale de nos contemporains en raison de l’exclusion de la notion divine et du Nom même de Dieu de la sphère publique en invoquant une laïcité qui exclut toute dimension spirituelle visible. Comme tout édifice, la cathédrale comprend une pierre angulaire qui porte l’ensemble du bâtiment. Cette pierre angulaire, c’est le Christ. Si nous retirions cette pierre, cette cathédrale s’effondrerait. Elle serait une coquille vide, un écrin sans bijou, un squelette sans vie, un corps sans âme.

La cathédrale est le fruit du génie humain, c’est le chef-d’œuvre de l’homme. La personne humaine est le fruit du génie divin. C’est le chef-d’œuvre de Dieu. Quand les deux se rejoignent en la personne de Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, s’accomplit alors véritablement l’Alliance entre le transcendant et l’immanent (Ciel et terre). C’est ici et maintenant dans cette cathédrale, à chacune de nos eucharisties célébrées, que se réalise cette Alliance, quand la chair du Christ partagée par tous, nous ouvre à la vie éternelle.

C’est peu de dire que nous sommes heureux de célébrer cette Messe pour rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à l’homme sa vocation sublime