En chemin vers le Père

Vivifier la prière du Notre Père

Petite méditation du Catéchisme de l’Église Catholique sur le Notre Père (n° 2804-2806)

Après nous avoir mis en présence de Dieu notre Père pour l’adorer, l’aimer et le bénir, l’Esprit filial fait monter de nos cœurs sept demandes, sept bénédictions. Les trois premières, plus théologales, nous attirent vers la Gloire du Père, les quatre dernières, comme des chemins vers Lui, offrent notre misère à sa Grâce. « L’abîme appelle l’abîme. » (Ps 42, 8.)

La première vague nous porte vers Lui, pour Lui : ton Nom, ton Règne, ta Volonté ! C’est le propre de l’amour que de penser d’abord à Celui que nous aimons. En chacune de ces trois demandes, nous ne “nous” nommons pas, mais c’est “le désir ardent”, “l’angoisse” même, du Fils bien-aimé pour la Gloire de son Père, qui nous saisit (cf. Lc 22, 14 ; 12, 50) : « Que soit sanctifié… Que vienne… Que soit faite… » : ces trois supplications sont déjà exaucées dans le Sacrifice du Christ Sauveur, mais elles sont tournées désormais, dans l’espérance, vers leur accomplissement final, tant que Dieu n’est pas encore tout en tous (cf. 1 Co 15, 28).

La seconde vague de demandes se déroule dans le mouvement de certaines épiclèses eucharistiques : elle est offrande de nos attentes et attire le regard du Père des miséricordes. Elle monte de nous et nous concerne dès maintenant, en ce monde-ci : « donne-nous… pardonne-nous… ne nous laisse pas… délivre-nous ». La quatrième et la cinquième demandes concernent notre vie, comme telle, soit pour la nourrir, soit pour la guérir du péché ; les deux dernières concernent notre combat pour la victoire de la Vie, le combat même de la prière.

Par les trois premières demandes, nous sommes affermis dans la foi, emplis d’espérance et embrasés par la charité. Créatures et encore pécheurs, nous devons demander pour nous, ce “nous” aux mesures du monde et de l’histoire, que nous offrons à l’amour sans mesure de notre Dieu. Car c’est par le Nom de son Christ et le Règne de son Esprit-Saint que notre Père accomplit son Dessein de salut, pour nous et pour le monde entier.

La phrase :

« La vérité, et la vérité seule, est la condition première de la confiance. »

Bienheureux Jerzy Popieluszko

Peut-on prétendre à la vérité ? 

Belle réflexion de Joseph Ratzinger : est-il arrogant de prétendre atteindre la vérité, ou est-on toujours à sa recherche?

« De nos jours, c’est devenu un slogan d’une force irrésistible de repousser, comme naïfs et arrogants, ceux qu’on accuse de croire qu’ils possèdent la vérité. De telles personnes, semble-t-il, sont incapables de dialoguer et elles ne sont pas à prendre au sérieux. Personne ne peut “posséder” la vérité. Nous tous, nous ne pouvons qu’être toujours à sa recherche.

Or – il faut poser cette question – quelle est cette recherche qui n’a jamais le droit d’arriver au but ? Est-elle réellement à la recherche ou ne veut-elle point trouver la fin puisqu’il ne faut pas qu’il y ait une fin trouvée ? Ne réduit-on pas, en vérité, à une caricature, la pensée de ceux qu’on accuse de croire qu’ils “possèdent” la vérité ? Bien sûr, la vérité ne peut être un objet de possession ; notre rapport avec elle doit toujours être celui d’un accueil humble qui connaît le danger qu’il court et qui reçoit la connaissance comme un don dont nous pouvons devenir indignes, dont nous n’avons pas le droit de nous vanter comme si c’était notre propre chose. S’il m’en a été fait le don, il comporte une responsabilité qui nous prend à son service pour les autres. De plus, la foi nous dit que la dissemblance entre ce que nous avons reconnu et la réalité véritable, est en elle-même toujours infiniment plus grande que la ressemblance (cf. DS 806). Or, cette dissemblance infinie ne fait pas de la connaissance une ignorance, de la vérité une contre-vérité.

Il me semble qu’il faut inverser la question de la prétention : n’est-ce pas une prétention de dire que Dieu ne peut nous faire le don de la vérité ? De dire qu’il ne peut nous ouvrir les yeux ? N’est-ce pas mépriser Dieu que de dire que nous sommes nés aveugles et que la vérité n’est pas notre affaire ? N’est-ce pas dégrader l’homme et son désir de trouver Dieu que de nous reconnaître seulement comme des sujets qui, éternellement, ne font que tâtonner ? La véritable arrogance va de pair avec cela, celle qui nous fait vouloir prendre nous-mêmes la place de Dieu et déterminer nous-mêmes qui nous sommes, comment nous voulons agir et ce que nous voulons faire de nous et du monde.

D’ailleurs, la connaissance et la quête continue ne s’excluent pas l’une l’autre. Chez Grégoire de Nysse comme chez Augustin, il y a des textes magnifiques qui mettent en lumière l’infini de la grandeur de Dieu et qui disent que lorsqu’on a trouvé quelque chose, cela provoque toujours une quête plus profonde et que ce sera notre joie éternelle de rechercher la face de Dieu, c’est-à-dire de pénétrer infiniment dans l’infini, dans des découvertes heureuses toujours renouvelées, et de recevoir ainsi l’aventure de l’amour éternel comme réponse à notre soif de bonheur. »