Les croix, témoins de l’amour de Dieu sur nos routes de France

« O Crux ave, spes unica ». Notre Père fondateur aimait cette locution latine par laquelle nous saluons la Croix du Christ et reconnaissons en elle notre « unique espérance ».

La Croix… Si nous y sommes bien attentifs, elle est très présente à travers nos campagnes. La France, si infidèle à sa mission de « Fille aînée de l’Église », reste marquée par son identité chrétienne. Croix de nos églises, de nos calvaires, de nos campagnes, croix de nos maisons, de nos familles… Si elle est aujourd’hui arrachée des écoles et des lieux publics, la croix reste l’emblème de notre attachement au Christ, elle continue de proclamer que Jésus seul mérite nos hommages et notre adoration.

Et pourtant… Pourtant, il a fallu des siècles de christianisme pour représenter la Croix (d’abord seule, sans le Christ), puis le Christ sur la Croix. Dans l’Empire romain, la crucifixion était le châtiment des esclaves et des criminels. D’autres symboles furent donc choisis, au début du christianisme, pour représenter le Christ : le pélican, le poisson (« ichtus », mot grec formant un acrostiche signifiant Jésus-Christ, Fils de Dieu Sauveur), la première et la dernière lettres de l’alphabet grec (alpha et oméga), ou encore, plus tard, le monogramme du Christ avec les deux premières lettres de ce nom en grec, C et R.

C’est en Irlande que les premières croix font leur apparition aux VIIe et VIIIe siècles. Plus tard, à partir du XIe siècle, on les érige à l’entrée des villes et des villages, à la croisée des chemins, sur les places, dans les cimetières. Les croix et les calvaires deviendront plus nombreux à partir du XVe siècle, mais la Révolution en détruira beaucoup. Au XIXe siècle, beaucoup furent restaurés et de nouvelles croix et de nouveaux calvaires érigés.

Mais où situer l’origine de nos croix et de nos calvaires de campagne ? En réalité, les origines sont multiples. Les croix ont parfois été érigées sur l’emplacement d’un lieu de culte païen, pour en effacer les pratiques, ou bien pour protéger les récoltes des paysans. On y plantait alors un ou deux arbres pour offrir un peu de fraîcheur et l’occasion d’une courte prière. Certaines croix marquaient les frontières des communes. La croix était aussi un lieu de mémoire, rappelant la plupart du temps un événement particulier survenu à cet endroit : une mort violente par la foudre, un accident, un duel, un assassinat. Le calvaire peut rappeler les épidémies : la peste, la rage ; ou, au contraire, être un témoignage de reconnaissance des habitants pour avoir été protégés des catastrophes. Il peut témoigner du passage d’un saint ou d’un événement religieux, telle une mission paroissiale.

Les principales motivations de ceux qui ont érigé croix et calvaires sont leur foi et leur dévotion envers l’instrument de notre salut, avec le désir d’inciter le passant à méditer sur le mystère de la Rédemption. Autant de très bonnes raisons pour nous laisser rejoindre, à travers chacune des croix que nous rencontrons sur nos chemins de France, par l’immense amour de Dieu pour nous : « Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique. » (Jn 3, 16.)